Nad la Weirdo — roman transhumaniste sur la cognition et l’IA
Un roman sur l’évolution de l’humain
Nad la Weirdo est une fiction transhumaniste explorant la transformation cognitive, l’intelligence artificielle et les limites de l’esprit humain.
À travers une narration immersive, le livre questionne notre rapport à la réalité, à la perception et à l’augmentation mentale.
“Comprendre trop vite, c’est déjà devenir autre.”
Nad la weirdo
Transhumanisme de banlieue
4 / 370La millefa
« On ne choisit pas sa famille… Elle choisit de vous rendre fou. »
Les Boudons vivaient dans la cité depuis deux générations. Deux générations à regarder les mêmes barres d’immeubles s’écailler sous la pluie, à voir les cages d’escalier se repeindre de tags aussitôt recouverts d’autres tags, à entendre les mêmes portes claquer au vent, été comme hiver. Les grands-parents, désormais à la retraite, s’étaient enfuis de ce quartier qu’ils ne reconnaissaient plus, comme on quitte une maison dont les murs ont changé d’odeur. Après avoir travaillé toute leur vie à EDF, levés à l’aube, rentrés à la nuit, ils avaient choisi de finir leurs jours dans leur région d’origine, l’Auvergne, plus précisément la Haute-
5 / 370Loire, dans la maison familiale située au bord de l’Allier, à Lavoûte-Chilhac. Là-bas, les seuls bruits qui troublaient leur sommeil étaient le clapotis régulier de l’eau contre les pierres et le chant des oiseaux au petit matin, un chant franc, sans le sirènes ni moteurs trafiqués en arrière-plan. L’air y avait une netteté presque coupante, l’hiver, et l’été une odeur de foin et de rivière tiède.Dans la banlieue, à leur époque, seuls les Bretons et les Kabyles composaient la population immigrée de la ville, avec quelques bougnats comme eux. C’est ainsi qu’ils le racontaient, avec la nostalgie un peu sélective des souvenirs arrangés. On se reconnaissait, on se saluait, on se chamaillait parfois, mais les repères tenaient encore debout. Désormais, une centaine d’ethnies composaient la population bigarrée de la cité, un kaléidoscope humain où les langues se croisaient dans
6 / 370les ascenseurs en panne, avec à peine quelques pourcents de gaulois de souche, la minorité visible , du moins selon ce que répétaient les anciens. Les chiffres importaient moins que l’impression de débordement.Après trois décennies de labeur, les grands-parents étaient très heureux d’avoir quitté la banlieue, avec cette concentration de tarés épuisante à la longue , toujours selon leurs mots. Le vacarme permanent, les disputes nocturnes, les gyrophares qui balayaient les façades à trois heures du matin avaient fini par leur user les nerfs plus sûrement que le travail. Là-bas, au bord de l’Allier, les journées s’étiraient dans une lenteur presque suspecte. Ils s’asseyaient sur un banc en bois, regardaient l’eau passer, et se disaient que, finalement, ils avaient bien fait.Leur fils, Jérôme, leur désespoir, n’avait jamais vraiment travaillé. Des chantiers de temps en
7 / 370temps, au black, quand il arrivait à se lever. Il promettait toujours que le prochain serait le bon, qu’il tiendrait, qu’il se remettrait d’aplomb. Mais le lendemain, son réveil restait muet et son corps lourd, enfoncé dans le matelas. Ils n’avaient pas compris pourquoi il était le seul de la fratrie à être aussi gogol, à croire que ses aînés lui avaient piqué toute l’intelligence familiale. Ses deux frères, eux, avaient réussi, l’un prof à la fac, l’autre ingénieur. On citait leurs parcours comme on brandit une preuve que tout était possible. Jérôme, lui, semblait être resté en arrière, accroché à une adolescence prolongée.Son métier, c’était prendre de la coke, de la kéta, du shit, des amphétamines, en vendre pour se la payer et cumuler les emmerdes. Une économie circulaire à sa façon, où la marchandise se confondait avec la consommation. Quand il sortait le matin, au réveil, vers 10 heures, il avait l’impression de rater le coche.
8 / 370quatorze heures, les yeux encore collés, la bouche sèche, il venait prendre son café au bistrot de Monsieur K. Il arrivait toujours avec des vêtements à la mode du quartier, une attention particulière pour ses baskets, les dernières Nike Requin aux pieds, impeccables malgré les trottoirs sales. Le reste de sa tenue se résumait à un survêtement, de couleur vive, de préférence, qui jurait avec le ciel gris.Animal de nuit, il sortait rarement le jour, craignant les représailles de fournisseurs mécontents à qui il devait de l’argent et les flics véreux qui le délestaient régulièrement de drogue et d’argent, ce qui augmentait sa dette envers ses grossistes. Il vivait avec cette tension permanente dans la nuque, ce regard en coin qui scrute les silhouettes, cette impression d’être observé même lorsqu’il n’y a personne. Le pauvre se trouvait pris en étau entre le ripou et le gangster, deux
9 / 370figures interchangeables dans son esprit embué. Chaque fois qu’il rentrait dans le café, il surveillait autour de lui, suspectant les gens qui le croisaient d’être de potentiels vendeurs de psychotropes grincheux ou des flics mal embouchés. Il repérait les sorties, évaluait les distances, jaugeait les visages. Sa prise quotidienne de substances illicites n’aidait pas à apaiser sa parano ; au contraire, elle la nourrissait, lui donnait des contours précis, presque logiques. Il ne restait jamais très longtemps. Il buvait son café d’un trait, grimaçant à l’amertume, et repartait vers sa tanière, un appartement devenu refuge et piège à la fois. Sa femme, Nadine, que l’on appelait Nad dans le quartier, le devançait toujours chez Monsieur K, vers treize heures. Elle s’installait assise au comptoir, devant un café au lait dont la surface blanchâtre se marbrait de mousse. Elle fai
10 / 370sait tourner inlassablement sa cuillère pour mélanger le sucre, un geste mécanique, presque hypnotique, pendant qu’elle donnait des leçons de vie à qui voulait bien l’écouter. Les mots sortaient en rafales, sans pause, comme si le silence était une menace. Monsieur K, le seul qui ne pouvait s’échapper de derrière le comptoir, se trouvait à subir ses diatribes en acquiesçant du chef. Il hochait la tête, essuyait des verres déjà propres, alignait des tasses, espérant que la torture mentale s’achève rapidement. Quand elle avait de la bonne, ses monologues pouvaient durer des heures. Les phrases s’enchaînaient, parfois sans lien apparent, mêlant indignation sociale, anecdotes déformées et grandes théories improvisées.Il suffisait qu’elle rencontre une autre personne chargée comme elle pour que le débit double, que les voix se chevauchent, que le pauvre Monsieur K se
11 / 370retrouve à entendre toutes ces inepties qui tournaient en boucle. Les clients, eux, apprenaient à calculer leurs horaires pour éviter le pic. Quand elle ne trouvait plus personne avec qui dialoguer, elle mettait ses écouteurs et faisait profiter l’auditoire de sa voix de crécelle, reprenant la phonétique approximative d’une chanson des années 90. Elle chantait faux, mais avec une conviction désarmante, les yeux mi-clos, battant la mesure du bout du pied.La seule parade de Monsieur K consistait à se positionner à l’opposé derrière son comptoir et à monter le son de son enceinte reliée à Spotify, en choisissant un bon morceau de funky, des basses rondes qui vibraient dans le carrelage. Il opposait au vacarme une autre forme de vacarme, plus maîtrisée, plus rythmée. Elle s’appelait Nadine, prénom populaire de la classe très populaire des années 70. La pauvre faisait plus que
12 / 370son âge, avec son visage émacié et édenté, creusé par les nuits blanches et les substances. Une tête de tortue d’où sortaient des sons aigus de cette bouche difforme, une craie sur le tableau quand elle envoyait des mots de cet orifice. Sa peau avait cette teinte cireuse des corps fatigués. Elle portait le code vestimentaire des cités depuis quarante ans : le survêt et les baskets. Indémodable et intemporel, toujours saillant en toutes circonstances, pour descendre les poubelles, faire des courses, aller à un mariage, un enterrement, chercher un travail. Le tissu synthétique brillait sous les néons des supermarchés, sous les lustres des salles des fêtes, sous le soleil pâle des matins d’hiver. Question travail, a-t-elle un jour cherché un travail, ou c’est le travail qui l’a cherchée ? La question flottait sans réponse, suspendue comme une plaisanterie amère. Son état anesthésié
13 / 370en permanence l’empêchait de sortir de cette situation. Les employeurs faisaient évidemment du racisme social et n’étaient guère enclins à l’empathie — du moins c’est ainsi qu’elle le formulait. Dans la tête d’un cassos, le chef d’entreprise doit être conciliant, sensible à ses excuses bidons quand il se présente au travail en début d’après-midi et vient bosser un jour sur deux. La société est injuste, répétait-elle, comme un mantra qui justifie tout. Le fils de Jérôme suivait les pas du père. Il avait échappé de peu à la prison en s’improvisant dealer de coke. Ne pas se faire attraper demande un certain savoir-faire et une certaine vivacité d’esprit. Le pauvre n’avait pas inventé les courants d’air et possédait un QI plus proche du gastéropode que d’Einstein. Pourtant, bon gré mal gré, il vendait un peu de drogue pour subvenir aux besoins essentiels de la famille. Il
14 / 370connaissait les recoins, les horaires, les visages à éviter.
15 / 370Pourquoi lire un roman transhumaniste ?
Les romans transhumanistes permettent d’explorer les impacts de la technologie sur l’humain à travers des récits immersifs et critiques.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce livre s’adresse aux lecteurs intéressés par la cognition, l’intelligence artificielle, le futur humain et les récits hybrides entre fiction et réflexion.
Quel est le thème principal ?
Le roman explore l’augmentation cognitive, les dérives du progrès et la transformation de l’identité humaine.
“L’intelligence n’est plus une capacité. C’est un seuil.”